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Le couloir du Goûter sous surveillance

Sur la voie normale du mont Blanc, les travaux du nouveau refuge du Goûter (3835 m) avancent tout l’été. Dans un an, la nouvelle bâtisse ultramoderne pourra accueillir 120 personnes. Ce nouvel aménagement oblige plus que jamais à une meilleure gestion des risques sur l’ensemble de l’itinéraire. La Fondation poursuit son travail sur les accidents du couloir : un point noir qu’il convient de mieux connaître pour trouver la solution la plus adaptée.

 

Depuis le début de l’année 2011, la Fondation Petzl multiplie les rencontres avec les acteurs de la montagne pour une meilleure gestion des risques objectifs dans le couloir du Goûter, sur la voie normale du point culminant des Alpes. Une étude géotechnique financée par la Fondation (téléchargeable) a déjà permis de mieux connaître ce danger et d’éliminer certaines solutions inadaptées à la configuration du site (purge, filets de protection, passerelle, etc.). Cet avant-projet permet d’envisager le creusement d’une petite galerie piétonne sous le couloir comme la solution la plus pérenne. Mais un tel aménagement ne pourrait être accepté par la communauté que si la démonstration est faite qu’il s’agit de la solution la plus adaptée au problème, et qu’elle ne génèrera pas d’autres problèmes.

 

 

 

S’il suscite depuis longtemps de nombreux témoignages ou commentaires, le danger du couloir du Goûter mérite d’être mieux connu. Au service de la communauté montagnarde, la fondation s’est donnée pour mission cet été d’apporter le maximum d’informations objectives sur l’aléa de chute de pierre à cet endroit et de mieux cerner le risque engendré par la forte fréquentation de cet itinéraire connu dans le monde entier. L’avant-projet est en cours d’approfondissement via une étude de suivi et d’analyse des chutes de blocs. Jusqu’au 20 septembre, Heidi Sevestre, étudiante en glaciologie et bientôt en thèse, s’installe le matin en bas du couloir (mais bien à l’abri !) pour étudier les trajectoires et la fréquence des chutes de pierres, ainsi que le nombre d’alpinistes et leur comportement dans la traversée. Pilotée par le cabinet Alpes Ingé, elle vit 4 jours par semaine au refuge de Tête-Rousse, en allant à la rencontre des alpinistes et des guides, pour recueillir le maximum de données et de témoignages.

 

 

 

 

Légende photo : le couloir du goûter le 26 juin 2011, Heidi Sevestre (étudiante en glaciologie) et Olivier Couach (ingénieur en météorologie) après la mise en place de la station météo, Luc Moreau (glaciologue) en train d'installer l'appareil photo.

 

Une photo toutes les 15 minutes

En complément des observations humaines, une station météo a été installée sur place. Ses capteurs permettent de relever l’humidité de l’air, la quantité de pluie, la force du vent… L’objectif est bien de corréler ces données avec les chutes de pierres. Pour compléter ce dispositif, Luc Moreau, glaciologue et administrateur de la fondation, a installé un appareil photo automatique, qui prend une photo tous les ¼ d’heure. L’état de l’enneigement du couloir et son ensoleillement au cours de la journée sont enregistrés. Tous ces renseignements devraient permettre de mieux cerner la nature du risque pris par les alpinistes et les éventuelles périodes ou horaires les plus ou les moins favorables. Ils permettront de mieux éclairer la communauté et les décideurs sur la nature des réponses à trouver en termes d’information, de prévention ou d’aménagement.

Si ce couloir est familier de la rubrique « faits divers », une connaissance plus fine de l’accidentologie sur l’ensemble de l’itinéraire est également nécessaire. Le Peloton de gendarmerie de haute montagne de Chamonix œuvre dans ce sens avec le soutien de la fondation. L’étude d’Alpes Ingé devrait être terminée cet automne. Elle sera restituée en premier lieu aux acteurs locaux, puis rendue publique pour l’ensemble de la communauté.

 

Stéphane Lozac’hmeur et Philippe Descamps