Accueil › Sécurité › Projets professionnelsNépal, centre de formation aux métiers de la montagne

Népal, centre de formation aux métiers de la montagne

A une heure de voiture au nord de Katmandou, une petite bâtisse adossée à un mur d’escalade se dresse sur une crête à 2 000 m d’altitude. C’est sur le site du futur mémorial de la montagne appartenant à la Nepal Mountaineering Association (NMA) que sont dispensées depuis trois ans des formations de base aux métiers de la montagne par des équipes d’encadrants français et népalais, avec le soutien de la Fondation Petzl.

La Fondation Petzl a élaboré et financé un programme de formation, un mémento et l'équipement d'un centre de formation, en collaboration avec la Nepal Mountaineering Association.Patrick Magnier, responsable de l’organisation des tests terrain chez Petzl, est le coordinateur bénévole du projet.

 

 
Christophe Migeon, journaliste, l'interviewe: 
 
Vous êtes personnellement à l’origine de ce programme de formation…
 

Patrick Magnier : Je me suis effectivement rendu au Népal en 2005, certes en tant que touriste, mais avec tout de même derrière la tête l’idée de m’investir dans un projet humanitaire, si possible en lien avec l’univers de la montagne. J'ai alors contacté l’alpiniste Henri Sigayret qui vivait dans le Khumbu avec sa femme sherpani et leur fils, et qui voulait construire une école des métiers de la montagne. Il avait déjà initié une structure au nord de Katmandou. L’année suivante, j’y suis retourné pour encadrer à titre personnel quatre stages avec Henri. Ce coup d’essai s’étant révélé plutôt concluant, j’en ai parlé à mon retour à Jean-Jacques Eleouet qui dirige la Fondation et qui a immédiatement adopté le projet.

 

Le centre de formation aux métiers de la montagne, Kakani   Le Centre de Formation aux métiers de la montagne, Kakani
Photos : Patrick Magnier
 
 
Quelle est exactement la mission de ce programme ?
 
Patrick Magnier : Le trekking est l’une des premières ressources du Népal. Cependant, malgré les aides généreuses de beaucoup de pays, la formation des accompagnateurs et des guides manque d’une organisation qui anticiperait sur l’avenir. Elle existe, mais elle s’est enlisée dans une routine qui ne correspond pas à la réalité. Beaucoup de bonnes volontés, de belles actions de solidarité et de formation, locales ou extérieures ont eu lieu, mais sans vraiment de concertation.
 Quand je l’ai rencontré, Henri Sigayret désespérait de voir aboutir ses efforts pour faire marcher une école des métiers de la montagne pour laquelle il s’était déjà bien investi, puisqu’il avait construit avec ses propres deniers un mur d’escalade et des locaux. Son idée partait d’un constat tout simple : beaucoup d'accompagnateurs et de guides népalais ont de réelles compétences et ont depuis longtemps démontré qu’ils étaient une clé essentielle dans la réussite des expéditions et des trekkings. Certains d’entre eux sont même des guides qui n’ont rien à envier aux guides occidentaux, et ils sont parfois de forts grimpeurs. Mais pour beaucoup, il leur manque les bases qui leur permettraient d’avoir une complète autonomie.
L’idée est de compléter les formations existantes, souvent insuffisantes et parfois trop techniques pour les accompagnateurs népalais pour les treks ou les activités de pleine nature.
 
  
Photos: Patrick Magnier

  

A quoi ressemble le site ? 

Patrick Magnier : Le bâtiment compte trois salles de classe, entièrement rééquipées par la Fondation Petzl, qui se révèlent à l’usage plus ou moins polyvalentes : l’une abrite la bibliothèque, l’autre sert de réfectoire tandis que la dernière salle de cours se transforme le soir en dortoir. Il y aussi un beau mur d’escalade de plus de 10 m de haut, qui pour l’instant n’est équipé qu’en partie. Sunar Gurung, premier Népalais à avoir obtenu un diplôme international de guide de haute montagne, en est le directeur technique. 

  
  
 
 
A qui s’adressent ces formations ?
 
Patrick Magnier : La plupart de nos stagiaires viennent des grandes régions de trek comme le Khumbu ou les Annapurnas, d’autres sont de Katmandou. Pour le moment, la quasi-totalité travaille déjà dans le trek. L’objectif n’est pas de délivrer un diplôme. Il s’agit de préparer aux formations de la NMA et non pas de s’y substituer, un peu comme en France les CRET (Centre Régional et Européen du Tourisme) préparent aux brevets d’Etat.
 
  
  
 
Comment sont les relations avec la NMA ?

Patrick Magnier : Aussi bonnes qu’on puisse l’imaginer dans un pays comme le Népal. Les communications sont parfois interrompues pendant quelques semaines pour des raisons techniques, c’est donc un peu difficile. Depuis qu’ils ont bien compris que nous n’avions pas l’intention d’empiéter sur leurs formations, les membres de la NMA jouent complètement le jeu. Leur collaboration assure un caractère officiel au programme.  

Ces stages sont-ils payants ?


Patrick Magnier :
Oui. C’est la NMA qui fixe malheureusement le coût des inscriptions. Il est à mon avis bien trop élevé par rapport au prix de la vie au Népal. C’est l’un des points sur lequel nous allons devoir travailler dans le futur. Il n’y a pas encore vraiment de sélection et le recrutement, actuellement entre les mains de la NMA, s’effectue un peu trop par copinage. J’aimerais pouvoir mettre en place une vraie sélection et pouvoir l’ouvrir à des gens motivés qui n’ont pas forcément les moyens. 

 

Combien y a-t-il de stages tous les ans et qu’y apprend-on ?

Patrick Magnier : Jusqu'à maintenenant nous avons organisé 5 sessions, dont 3 semaines en hiver et 2 en été. De 12, nous sommes dans les faits passés à 15 candidats par session, ce qui fait donc 75 stagiaires formés par an. Le programme est aussi bien théorique que pratique : encordement, assurage, évacuation par le haut, sauvetage en crevasse ou en paroi…. C’est l’occasion de revoir des domaines aussi divers que les bases techniques liées à la sécurité, la lecture d’une carte, la physiologie de l’altitude, l’écologie, la nivologie, l’histoire de l’Himalayisme, la conduite de groupe ou l’alimentation en trek.

Notre ambition est de rendre les stagiaires conscients des problèmes de sécurité lorsqu’on conduit un groupe en montagne et leur apporter une culture générale du milieu. Pour aller plus loin, on pourrait enfin imaginer que cette école, en prenant de l’importance, puisse servir non seulement aux futurs accompagnateurs et guides, mais aussi aux moniteurs de canyoning, de VTT, de kayak et de raft, voir même de parapente. Toutes ces activités se sont très vite développées au Népal et elles auront sans doute besoin des mêmes bases de formation.

 

Qu’est-ce que la Fondation Petzl a financé ?

Jean-Jacques Eleouet, Secrétaire Général de la Fondation Petzl: Nous avons assuré le financement du plan et des outils de formation, et nous avons réalisé un mémento technique de 280 pages. Nous avons également offert le matériel technique, pris en charge les défraiements des bénévoles ou salaires des formateurs tant français que népalais, ainsi que l’aménagement complémentaire des salles et du mur d’escalade. 

 

Comptez-vous rester impliqués encore longtemps ?

Patrick Magnier : Nous oeuvrons pour que le centre soit autonome d’ici 2010. A nous de lui donner les moyens de l’être vraiment, avec des solutions locales. En relation avec les institutions internationales, nous recherchons des solutions de financement, qui pourraient passer par du sponsoring, des financements privés locaux ou des partenariats. Dans ce domaine tout est possible.

Jean-Jacques Eleouet : Si ça ne fonctionne pas, nous nous replierons. Il faut absolument que les Népalais, qui tardent encore à prendre leurs responsabilités, prennent en main l’organisation de leur système de formation. Nous travaillons avec eux en ce sens. 

 

 

 

 N’avez-vous pas un peu l’impression de faire le travail des tour-opérateurs de trekking ?
 
Patrick Magnier : Certains forment déjà les guides qu’ils emploient à l’occasion de séminaires. Beaucoup de formations existent, mais l’offre est souvent disparate et manque de cohérence. Mon rêve serait de pouvoir faire asseoir tous les intervenants du secteur, français et népalais, autour d’une table, tout mettre à plat et essayer de mettre en place une vraie filière des métiers de la montagne. Peut-être instaurer un label, gage d’une certaine qualité de formation.
Nous avons réalisé un mémento à destination des élèves qui reprend toutes les facettes de la formation. Ecrit en anglais, il est illustré de nombreux dessins et croquis au cas où le stagiaire ne maîtriserait que le népali. Plus tard, nous souhaiterions mettre en place ce type de formations dans d’autres pays comme l’Inde, la Russie, la Mongolie ou encore en Amérique du Sud. En cela, ce programme constitue un très bon test, car le Népal n’est pas vraiment un pays facile !
 
 
Jean-Jacques Eleouet : Le système ne fonctionnera qu’avec la mise en place d’un plan de formation global. C’est la clé du problème. Nous y travaillons en collaboration avec l’UIAA (Union Internationale des Associations d’Alpinisme), une instance supranationale qui représente plusieurs millions d’alpinistes et de grimpeurs de par le monde et qui devrait permettre, au-delà des querelles politiques, d’instaurer un modèle de formation reconnu par tous et transposable dans d’autres pays.
 

  MiniBio Patrick Magnier

 
Naissance: 9 septembre 1951
Guide Haute Montagne, BE de ski alpin, BE de parapente
Responsable de l’organisation des tests terrain chez Petzl.
Ses sites préférés : la Corse, l’Asie
Son personnage préféré : Gandhi
Ses passions : Photo, Taichindo (un art martial assez confidentiel), croisière hauturière, parapente

  


 

Pour plus d’infos:
sur le projet et la NMA: NMA-Newsletter