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Vivre avec l'Aigle de Bonelli
L'Aigle de Bonelli, grand rapace emblématique des milieux méditerranéens a connu une très forte diminution au cours du XXième siècle. Aujourd'hui, il fait l'objet d'une attention particulière des associations de protection de la nature et bénéficie d’un Plan National d'Action, qui vise à enrayer les causes de son déclin.

La Fondation s’engage aux côtés de ceux qui protègent les grands rapaces des milieux de montagne ; contribuer à améliorer le dialogue entre naturalistes et pratiquants de loisirs en milieu naturel est dans sa vocation. C’est pourquoi elle soutient le Conservatoire des Espaces Naturels du Languedoc-Roussillon, coordinateur du Plan, dans ses actions de protection de cette espèce menacée.
Interview avec le Conservatoire des Espaces Naturels du Languedoc-Roussillon (CEN LR) :
Comment reconnaît-on un Aigle de Bonelli ?
L'Aigle de Bonelli est un peu plus petit qu’un Aigle royal. En vol, on le reconnaît grâce au contraste entre ses ailes sombres et son corps blanc strié de flammèches brunes typiques. Cet aigle a une durée de vie relativement longue puisqu'il peut atteindre l’âge de 30 ans en milieu naturel..jpg)
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Quelle est sa répartition géographique dans le monde ?
L’Aigle de Bonelli se répartit sur le pourtour méditerranéen, de la péninsule ibérique jusqu’en Iran, ainsi que sur le sous-continent indien et la Chine méridionale, l’Indonésie. Aujourd’hui, la population mondiale est estimée à moins de 40 000 couples ; l’Europe en compte environ 1 000 et l’Espagne reste un des « bastions » de l’espèce avec près de 700 couples. En France, avec seulement 29 couples reproducteurs en 2009, l'espèce y est très peu représentée, ce qui en fait le rapace le plus menacé de disparition de notre pays.
Quel est son territoire ? Est-il fidèle à son lieu d’origine ?
Son milieu de prédilection est typiquement méditerranéen. En France, il niche généralement sur des falaises de basses altitudes, dans une vire ou une grotte. Son territoire de chasse est constitué de milieux ouverts, où le gibier est abondant. Les adultes sont attachés à leur territoire, souvent toute leur vie ; les couples sont fidèles à leur site de reproduction.
Quelles sont les menaces qui pèsent sur lui ?
Les principaux facteurs affectant la population sont :
- la persécution - par le tir, le piégeage, l'empoisonnement - qui représente la menace principale pour la survie de l'espèce lorsqu'elle touche des adultes.
- les électrocutions : de par leur envergure, lorsqu'ils se posent sur les armatures métalliques des poteaux électriques de moyenne tension les ailes touchent les câbles et l'oiseau s'électrocute.
- les dérangements dus aux activités de pleine nature telles que l'escalade, la randonnée, le vol libre, les sports mécaniques…s'ils n'entraînent pas la mort des adultes, ils peuvent les perturber au point de leur faire quitter couvée ou nichée.
Sans oublier les autres menaces que sont la maladie de la trichomonose, la destruction des habitats, l'évolution des paysages…
Quels sont les statuts de protection de l’Aigle de Bonelli ?
En France, comme tous les rapaces, l’Aigle de Bonelli est une espèce protégée. Dans l'union européenne, l’Aigle de Bonelli figure dans la Directive Oiseaux, relative à la conservation des oiseaux sauvages. A l'échelle internationale, l’espèce est inscrite dans la catégorie « en danger », d’après les critères du livre rouge de l’IUCN, car elle présente un risque élevé
d’extinction dans la nature.
d’extinction dans la nature.Les Plans Nationaux d'Action : anciennement appelés « Plans Nationaux de Restauration », ils sont la formulation de la politique de l’état en matière de conservation d’espèces, répondant ainsi à la «Stratégie Nationale pour la Biodiversité» issue de la conférence de Rio de 1992. Chaque plan est spécifique à une espèce dont le statut de conservation est défavorable. Alliant études scientifiques et actions de conservation, ils sont basés sur trois axes : la connaissance, la conservation et la sensibilisation.
Que vous apporte la Fondation Petzl ?
La Fondation Petzl nous appuie dans nos démarches de sensibilisation auprès des pratiquants d’activités de pleine nature, notamment les professionnels de l’encadrement et les équipeurs. Notre objectif est de protéger les futurs sites de niche pour le développement de l’espèce.
La Fondation Petzl a également participé à une exposition itinérante sur l’Aigle de Bonelli, réalisée par l’association Regard du Vivant, présentée dans de multiples conférences, festivals, écoles et clubs d’escalade.
© Photo : Regard du vivant
Question à Alain Ravayrol, grimpeur et bagueur de l’Aigle de Bonelli en Languedoc-Roussillon : quel est l’état des lieux des relations entre l’Aigle de Bonelli et les grimpeurs ?
La prise de conscience et la mesure du déclin des populations d’Aigle de Bonelli datent du début des années 80. À cette époque la quasi-totalité des rapaces est considérée comme menacée : aigles, vautours, Faucon pèlerin, Grand-duc d’Europe… Ces préoccupations coïncident avec la montée en puissance des activités sportives de pleine nature et en particulier de l’escalade.
En Languedoc-Roussillon tous les sites occupés à la fin des années 90 font l’objet de mesures de protection (Arrêtés Préfectoraux de Protection de Biotope) qui excluent l’équipement des parois ou définissent des limites à l’expansion de ces équipements quand les sites le permettent. Cette période est également celle de conflits plus ou moins ouverts et virulents entre naturalistes et grimpeurs sur la question de l'aménagement des sites pour la pratique de l'escalade.
Des regards différents, des préoccupations contradictoires, une situation complexe
En 1980, pour répondre à cet enjeu de préservation, les grimpeurs ont souhaité établir une liste des sites à ne pas aménager ; cependant, les protecteurs n'ont pas pu répondre à cette demande, pour deux raisons principales :
- la publicité faite à un site listé peut générer d'autres sources de nuisances.
- l'occupation des sites par ces rapaces n'étant pas définitive, une telle liste ne serait pas fiable.
Les naturalistes, qui souhaitaient que tout projet d’aménagement d’un site soit l’objet d’une concertation en amont, ont dû faire face aux grimpeurs qui ont le plus souvent préféré s’approprier plus ou moins discrètement de nouveaux sites.
Se perpétue ainsi la défiance : les ornithologues vus comme des fabricants d’interdits, les grimpeurs comme responsables d’une atteinte à l’un des éléments emblématiques de la biodiversité méditerranéenne : les sites de reproduction des aigles de Bonelli.
Une relation apaisée
Par la suite, des démarches de concertation ont mis en évidence que les contacts entre grimpeurs et protecteurs s'avéraient riches d'échange et qu'une cohabitation était donc possible.
La prise de conscience de la dégradation de notre environnement et la mise en avant des savoirs et des expériences de chacun a permis une évolution de la situation tant du côté naturaliste que du côté sportif. Aujourd’hui l’analyse au cas par cas à l’échelle d’un massif paraît l’échelle d’action la plus pertinente.
Le Baguage de l’Aigle de Bonelli en Languedoc-Roussillon
Depuis quand l’Aigle de Bonelli est-il bagué ?
Le programme de baguage de l’Aigle de Bonelli, validé par le Muséum National d’Histoire Naturelle en 1990, se poursuit depuis près de 20 ans.
Chaque année la quasi-totalité des jeunes nés en France sont bagués. Le baguage est, avec le suivi de la productivité des couples, le principal outil pour les études démographiques, qui ne peuvent être pertinentes que sur le long terme.
Chaque année la quasi-totalité des jeunes nés en France sont bagués. Le baguage est, avec le suivi de la productivité des couples, le principal outil pour les études démographiques, qui ne peuvent être pertinentes que sur le long terme. Comment se déroule le baguage ?
Les aiglons, qui ont entre 35 et 45 jours, sont « cueillis » dans l’aire ; la manipulation a lieu ensuite au pied ou au sommet de la paroi. Celle-ci ne dure que quelques minutes : pesée, mesures biométriques, prélèvement de quelques plumes, pose d’une bague métallique et d’une bague PVC. Il sont ensuite immédiatement réinstallés dans leur nid.
© Photo : Regard du vivant
Quelle est la réaction des parents ?
Contrairement à l'idée générale, ils ne nous attaquent pas. Les adultes sont souvent absents du site, et même s’ils ont un contact visuel avec le nid, ils ne s’approchent pas. Leur retour au nid, avec ou sans nourriture, a parfois lieu dès que nous quittons les lieux.
Cette unique visite annuelle s’est toujours déroulée sans incidents majeurs que ce soit pour les aiglons ou les grimpeurs. Elle a par contre permis de mettre en évidence diverses causes d’échecs de reproduction durant la phase d’élevage à l’aire. Elle nous aide à mieux comprendre dans quelles conditions l’oiseau couveur peut être importuné par des visiteurs.
Pour plus d’informations : www.aigledebonelli.fr
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